Le samedi 6 juin 2015 -  Abbaye de Valloires


L'abbaye et surtout l'abbatiale offrent un magnifique et rare exemple, en France, de décor baroque ou plutôt rocaille ou rococo dû au talent du baron autrichien Simon Pfaff de Pfaffenhoffen (1715-1784) dit Pfaff, exilé en France, à Saint-Riquier, où il s'adonne à la sculpture sur bois.

L'abbatiale de dimension modeste (45 m × 17 m) oppose un aspect extérieur d'une grande sobriété et un intérieur magnifiquement décoré par Pfaff : buffet d'orgues majestueux en chêne et en tilleul sculptés, confessionnal, autel latéral, stalles, maître-autel en marbre noir décoré de deux anges en plomb doré et surmonté d'une suspension en fer forgé en forme de palmier œuvre du Vivarais qui est aussi l'auteur des grilles du chœur dite « à double lecture », c'est-à-dire dorée des deux côtés, chef-d’œuvre de ferronnerie. On doit également à Pfaff les statues en bois de Moïse, Aaron, Pierre et Paul et en marbre Saint Martin et Saint Bernard sous les traits de dom Comeau et monseigneur de La Motte. Dans le croisillon sud du transept, dans un enfeu, se trouvent les gisants du XIVe siècle de Simon de Dammartin et de son épouse Marie de Ponthieu décédés respectivement en 1239 et 1251.

Les bâtiments abbatiaux s'organisent autour du cloître voûté en brique et pierre. Dans la vaste cour d'honneur, sont situés le colombier du XVIe siècle et les communs.


L'abbaye de Valloires est une fondation cistercienne du XIIe siècle située dans la commune d'Argoules (Somme). Reconstruite au XVIIIe siècle, elle est particulièrement bien conservée.

À partir de la bataille de Crécy (1346), la guerre de Cent Ans menace la région, les moines se réfugient à Abbeville ou à Montreuil-sur-Mer. Anglais et Bourguignons dominent le Ponthieu au XVe siècle et pillent l'abbaye.

L'abbaye conservait ses privilèges octroyées par les rois de France. Ainsi, en septembre 1467, le roi Louis XI les confirma par ses lettres patentes.

Au XVIe siècle, c'est au tour des Huguenots et des Espagnols puis au XVIIe siècle ce sont les Impériaux qui pillent à leur tour l'abbaye. Au cours de la guerre de Trente Ans, l'abbaye sert de cantonnement aux troupes de Louis XIII.
À la fin du XVIIe siècle, l'abbaye était passablement délabrée.

Au XVIIIe siècle, l'abbaye fut reconstruite, les travaux s'achevant vers 1730. En 1738 l'abbatiale du XIIIe siècle, qui avait été conservée, s'effondra, et il fallut construire une nouvelle église. Sur les ordres de dom Comeau, prieur de l'abbaye de 1732 à 1767 et de monseigneur d'Orléans de La Motte, évêque d'Amiens et abbé commendataire, les travaux débutèrent en 1741 sur les plans de l’architecte Raoul Coignard, architecte, entre autres, de l'abbaye de Cercamps près de Frévent. La décoration intérieure fut confiée au sculpteur autrichien Simon Pfaff de Pfaffenhoffen et au ferronnier d’art Jean-Baptiste Veyren dit « Vivarais ». La nouvelle église fut consacrée en 1756.